Dans mon travail, je propose une tentative de relecture féministe et queer de l’abstraction. Travaillant les mises en scènes photographiques, le dessin et le livre, ma pratique est en rapport direct avec l’identité, le matériau, les féminismes, les théories queer et l’abstraction; elle s’articule autour du corps. Faire par la main et travailler par le corps renvoie pour moi directement au calme et à se connaître soi-même. Cela agit comme résistance dans notre époque rapide et numérique, où nos identités sont fragmentées et le corps est figé. Je cherche à créer de nouveaux rapports au corps, notamment par des assemblages d’objets lissés et travaillés par ma main ou par des représentations abstraites d’éléments qui évoquent ou inventent des corps. Une citation de Renate Lorenz m’a profondément marquée et m’a éveillée sur le lien entre corps et abstraction, qui agit comme point de départ. « Finally, I use the term ‘abstract drag’ for visualisations of bodies that show no human body at all and which instead use objects, situations or traces to refer to bodies » (Queer documents on contemporary art, MIT, p.155) Le drag abstrait, selon Lorenz, serait des visualisations du corps que ne montrent aucun corps humain qui plutôt, utiliserait des objets, des situations ou des traces qui réfèrent à des corps. Chez David Halperin, « Queer is by definition whatever is at odds with the normal, the legitimate, the dominant ». Ce qui est queer serait tout ce qui serait à l’opposé à la normalité, à l’admissible et à la domination. En ce sens, l’idée de décolonisation, d’horizontalité m’intéresse de plus en plus. L’oeuvre abstraite, renverrait, dans mon travail, directement à la trace du corps queer de manière subtile, sensible, dialogique, tout en conservant un intérêt marqué pour l'aspect formel où le petit format prime. Comment reconnaître un corps hors de la représentation? Cherchant à abstraire mes sujets des frontières établies, l’abstraction et les théories queer sont ce qui me permet d’aller au-delà des définitions. C’est en ce sens où j’ai voulu les associer, parce qu’elles ont une racine commune : l’art de défier la représentation.